Un inventaire de sols, pas une carte sanitaire
Le chiffre national est 11 894 sites distincts dans l'information de l'administration sur une pollution suspectée ou avérée, l'ancienne base Basol. Chaque fiche décrit un terrain où l'État a connaissance d'une pollution, ou d'une suspicion, et où une action publique est prévue, en cours ou déjà close. Ce n'est pas un taux de maladie, ni une mesure de l'exposition des riverains.
Sur la carte, le Nord arrive en tête avec 578 sites. À l'autre bout, la Lozère en recense 6. Un département foncé concentre davantage de dossiers suivis : ancienne industrie, ports, raffineries, mais aussi un inventaire plus complet selon les services locaux. Habiter près d'un site listé ne signifie pas que le sol du logement est contaminé, ni que le risque pour la santé est avéré au quotidien.
Pourquoi ces pollutions des sols existent
Pendant longtemps, les rejets industriels, les dépôts de déchets et les fuites de produits toxiques n'étaient ni mesurés ni traités comme aujourd'hui. Les polluants restent dans le sol, parfois dans la nappe. Hydrocarbures, métaux, solvants : le terrain garde la mémoire d'une usine, d'une station-service ou d'un dépôt, même après la fermeture de l'activité.
L'enjeu pour les territoires est triple : éviter que la pollution migre vers l'eau ou l'air, encadrer les travaux et les changements d'usage, et garder la trace des sites déjà traités. D'où cet inventaire public, tenu par le ministère chargé de l'environnement et diffusé sur Géorisques.
L'inventaire public s'est étoffé depuis 2004
Eaufrance publie un chiffre-clé officiel du nombre de sites pollués, ou potentiellement pollués, pour certains millésimes. Il passe de 3 780 en 2004 à 11 234 en 2025, le total retenu par le Commissariat général au développement durable. L'extrait Géorisques du 6 octobre 2026 compte 11 894 sites distincts, soit 660 de plus que ce millésime 2025 et 8 114 de plus qu'en 2004.
Cette hausse ne signifie pas que 8 114 sols supplémentaires se sont pollués en vingt-deux ans. L'inventaire s'est surtout enrichi : davantage de sites identifiés, versés dans la base, puis conservés même après clôture du dossier. Eaufrance ne publie pas de chiffre-clé pour 2016 à 2019, ni pour 2022 : ces années n'apparaissent pas sur la courbe, et aucun point n'est interpolé.
Comment un site entre dans le fichier
Il n'y a pas de formule du type population × pollution. Un signal arrive : contrôle d'installation classée, accident, travaux qui découvrent des terres souillées, signalement. L'administration ouvre une fiche, localise le site, parfois à la parcelle, et suit les études ou les travaux. Le statut affiché est surtout en cours ou clôturée.
Sur les 11 916 fiches départementales de cet extrait, 7 110 sont en cours, soit 59,7 %, et 4 803 sont clôturées, soit 40,3 %. Une fiche clôturée reste dans l'inventaire : la pollution a été gérée, ou le dossier est clos, mais la mémoire du site est conservée. Ce n'est pas un sol « comme neuf » garanti pour n'importe quel usage futur.
Ne pas confondre trois outils. Ex-Basol / instructions : sites pollués ou potentiellement pollués suivis par l'État, c'est la carte. CASIAS : anciens sites industriels et activités de service susceptibles d'avoir pollué, beaucoup plus nombreux, sans preuve de pollution. SIS : secteurs d'information sur les sols, un zonage réglementaire en cas de pollution résiduelle. La carte n'additionne ni CASIAS ni SIS.
Les départements qui recensent le plus, et le moins
Cliquez une ligne pour zoomer sur la carte. Le classement suit le nombre de sites uniques, toutes fiches confondues, en cours comme clôturées.
Top 5 - plus de sites
| Nord | 578 |
| Côtes-d'Armor | 574 |
| Gironde | 518 |
| Seine-Maritime | 482 |
| Rhône | 398 |
Top 5 - moins de sites
| Lozère | 6 |
| Creuse | 8 |
| Cantal | 8 |
| Hautes-Alpes | 10 |
| Gers | 11 |
Le classement total change si l'on ne garde que les fiches en cours
Les Côtes-d'Armor occupent la 2e place avec 574 sites, juste derrière le Nord et ses 578. Dans les Côtes-d'Armor, 562 fiches sont clôturées, et seulement 12 restent en cours. Dans le Nord, 526 fiches sont encore en cours. Le volume armoricain raconte surtout un rattrapage d'inventaire et des dossiers clos, pas une pollution active plus forte que celle du bassin minier.
Le graphique ci-dessous classe les dix départements au plus grand nombre de sites, du plus élevé en haut. Gironde, Seine-Maritime et Rhône restent dans le peloton, cohérent avec ports, chimie et ancienne industrie. Lire ce top sans le statut des fiches fausse le diagnostic.
Où le suivi public est encore ouvert
Si l'on ne retient que les fiches en cours, le Nord reste largement en tête avec 526 sites, devant la Gironde 373, le Rhône 270, le Bas-Rhin 251 et l'Isère 238. Les Côtes-d'Armor sortent de ce classement. C'est la lecture utile pour savoir où l'administration a encore des dossiers ouverts, pas seulement une mémoire de sites.
En cours ou clôturée : deux états, un même fichier
Parmi les 11 916 fiches départementales, un peu moins de six sur dix restent ouvertes. Le reste est clos mais toujours publié, pour que vendeurs, aménageurs et collectivités connaissent l'historique du terrain. Trois fiches n'ont pas de statut renseigné.
8 départements dépassent les 300 sites, 19 sont entre 150 et 299, 41 entre 50 et 149, 32 sous 50. Champ de la carte : 100 départements, métropole et DROM présents dans le fond géographique, hors Mayotte dont l'extrait ne contient aucune fiche.
Comment lire la carte
- Couleur : plus le département est foncé, plus il compte de sites ex-Basol uniques.
- Unité : un nombre de fiches, pas un risque par habitant.
- Clic : total, fiches en cours et fiches clôturées.
- Piège : un total élevé peut venir de dossiers déjà clos, comme dans les Côtes-d'Armor.
- Hors champ : CASIAS et SIS ne sont pas additionnés ici.