Campagnes et forêts converties en zones urbanisées
L'indicateur officiel ne parle pas de « béton » au sens du bitume visible depuis une route. Il mesure la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers, abrégée NAF : le passage d'une surface encore NAF vers un espace urbanisé, au sens des fichiers fonciers retraités par le Cerema pour le Portail national de l'artificialisation des sols.
Sur la période retenue ici, du 1er janvier 2009 au 1er janvier 2024, ce flux représente environ 359 067 ha à l'échelle de la France présente dans le fichier, soit 0,56 % de la superficie totale. Ce n'est pas le stock de sols déjà urbanisés aujourd'hui : c'est ce qui a été ajouté en quinze ans.
Pourquoi cette conversion accélère ou ralentit
La construction de logements, l'extension des zones d'activité, les infrastructures et certains équipements publics poussent la frontière urbaine. À l'inverse, les territoires déjà saturés, très montagneux ou très étendus peuvent afficher une part faible, même quand le volume en hectares reste important.
La loi Climat et résilience a placé cet indicateur au cœur du suivi du « zéro artificialisation nette ». Pour la première décennie de mise en œuvre, l'objectif national s'exprime d'abord comme une réduction de la consommation d'espaces NAF par rapport à la décennie précédente. D'où l'intérêt de lire à la fois le cumul long 2009-2024 et la tendance annuelle.
Comment le Cerema calcule le chiffre
Chaque année, les fichiers fonciers permettent de repérer les parcelles qui basculent d'un usage NAF vers un usage urbanisé. Les flux sont ventilés par destination : habitat, activité, mixte, infrastructures routières, ferroviaires, ou destination inconnue. Les surfaces sources sont en mètres carrés ; Actus & Docs les convertit en hectares et calcule le pourcentage hectares consommés ÷ superficie du territoire × 100.
Ce traitement ne voit pas tout : constructions non déclarées, changements sans trace cadastrale, certains cas méthodologiques exclus. Il ne mesure pas non plus la renaturation. Autrement dit, c'est le meilleur suivi national comparable pour le flux d'urbanisation, pas une photo satellitaire du béton au mètre près.
Les départements où la part du territoire est la plus forte
En tête, Martinique approche 1,92 % de sa superficie convertie sur la période, soit 2 124 ha. Suivent notamment la Guadeloupe et l'Essonne. Les Antilles et La Réunion ressortent souvent en pourcentage : des territoires plus petits où chaque hectare pèse davantage dans le dénominateur.
À l'opposé, Paris est quasi à zéro : il reste très peu d'espaces NAF à convertir. La Guyane affiche aussi une part très faible, mais pour une autre raison : le volume d'hectares n'est pas négligeable, alors que la superficie du département est immense. Lire seulement le pourcentage sans les hectares trompe.
Volume en hectares : une autre géographie
Si l'on classe les départements par hectares consommés plutôt que par pourcentage, la Gironde arrive en tête avec 9 587 ha, devant la Haute-Garonne, les Landes, l'Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique. Ce sont surtout de grands territoires dynamiques, où l'extension périurbaine et l'activité économique pèsent lourd en surface absolue.
À quoi sert chaque hectare urbanisé ?
Au niveau national, l'habitat concentre environ 63,5 % des hectares consommés, l'activité environ 23,1 %, et le routier environ 6,6 %. Le reste se répartit entre mixte, ferroviaire et destination inconnue. Le logement domine donc le récit, mais les zones d'activité et les routes restent loin d'être anecdotiques.
Dans la popup département et dans le détail communal, ces destinations sont affichées en hectares pour éviter de réduire le sujet à un seul pourcentage.
Un rythme annuel qui a ralenti, sans s'arrêter
Au début de la série, la France tournait autour de 30 915 ha par an. Sur 2023-2024, le flux annuel est plutôt proche de 19 263 ha. La tendance globale est à la baisse, avec des à-coups. Ce ralentissement ne signifie pas l'arrêt de l'urbanisation : plusieurs dizaines de milliers d'hectares continuent d'être convertis chaque année.
Pièges de lecture à garder en tête
Un pourcentage élevé ne dit pas « le département le plus bétonné ». Il dit que, sur quinze ans, une part plus grande de sa superficie a basculé du NAF vers l'urbain. Un volume élevé en hectares peut coexister avec un pourcentage moyen si le département est vaste. Enfin, Mayotte n'apparaît pas dans ce millésime open data : la carte la laisse sans donnée.
- Couleur : part du territoire consommée entre 2009 et début 2024, en 4 classes.
- Popup : pourcentage, hectares totaux, détail habitat / activité / routes…
- Communes : bouton « Voir les communes » pour afficher les points sur la carte, puis clic sur un point ou une ligne.
- Champ : métropole + Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion ; Mayotte absente.
- Couverture : 34 905 communes du fichier Cerema.