Une vignette qui dit l'âge du parc, pas le volume de voitures
La vignette Crit'Air classe chaque voiture particulière selon son niveau d'émissions, de Crit'Air E pour les électriques et hydrogène jusqu'à Crit'Air 5 pour les diesels les plus anciens. Les véhicules immatriculés avant 1997 restent non classés. Quand le SDES parle de « Crit'Air au moins égal à 3 », il regroupe Crit'Air 3, 4, 5, non classés et inconnu : autrement dit, la part du parc la plus ancienne et la plus exposée aux restrictions de circulation des zones à faibles émissions.
La carte ci-dessus ne compte pas les voitures : elle montre une part. Un gros département peut abriter beaucoup de Crit'Air 3+ en volume et rester bas en pourcentage si son parc est récent. À l'inverse, un département rural peu peuplé peut afficher une part élevée avec un stock absolu modeste. Au 1er janvier 2025, cette part atteint 26,5 % en France, 26,6 % en métropole, et 27,4 % hors Île-de-France.
Pourquoi le parc peut vieillir alors que la part Crit'Air 3+ baisse
Au 1er janvier 2026, la France compte 40,0 millions de voitures particulières, soit 0,4 % de plus qu'un an plus tôt. L'âge moyen du parc monte à 11,8 ans. Pourtant la part Crit'Air 3 et plus recule à 24,3 %, contre 26,5 % au 1er janvier 2025, soit -2,2 pts.
Le mécanisme est simple : les entrées dans le parc sont surtout des Crit'Air E, 1 ou 2, tandis que les sorties concernent surtout des véhicules plus anciens. La part Crit'Air 1 grimpe ainsi de +2,3 pts sur un an. Le diesel reste majoritaire mais passe sous la barre de la moitié du parc (46,1 %), et l'électrique atteint 3,5 %. Au total, 75,7 % des voitures sont classées Crit'Air E, 1 ou 2.
Comment le SDES construit cette part
Chaque voiture est localisée à la commune figurant sur le certificat d'immatriculation, indépendamment de ses trajets réels. Le parc « en circulation » combine le système d'immatriculation et les contrôles techniques : un véhicule encore dans les fichiers, sans sortie déclarée, et à jour ou en retard modéré de contrôle, est compté. Les parts open data Ecolab donnent, pour chaque vignette, un numérateur, un dénominateur et une valeur en %. Sur cette page, la part Crit'Air 3+ additionne les classes 3, 4, 5, non classées et inconnu, comme dans l'indicateur national du SDES.
Les données départementales ouvertes s'arrêtent au 1er janvier 2025. Le chiffre national 24,3 % au 1er janvier 2026 vient de l'article SDES : il n'existe pas encore, à cette date, de diffusion open data départementale pour 2026. Les deux millésimes sont donc clairement séparés dans la lecture.
Quatre classes sur la carte
La légende découpe la France en quatre paliers : moins de 25 % (24 départements), 25 à moins de 28 % (22), 28 à moins de 32 % (31), et 32 % et plus (24). Plus la teinte ambre s'assombrit, plus la part du parc Crit'Air 3+ est élevée.
De 47,7 % à 24,3 % : la bascule nationale
En 2019, près d'une voiture sur deux relevait encore de Crit'Air 3 ou plus (47,7 %). Sept ans plus tard, la part nationale est tombée à 24,3 %. La baisse est continue : 42,3 % en 2020, 38,1 % en 2021, 34,5 % en 2022, 31,6 % en 2023, 28,9 % en 2024, puis 26,5 % en 2025. Le parc se renouvelle, mais lentement : l'âge moyen à la destruction reste autour de 20 ans.
Au 1er janvier 2026, Crit'Air 1 devient la classe dominante
Le détail national 2026 confirme le basculement : Crit'Air 1 pèse 38,0 % du parc, devant Crit'Air 2 (34,2 %), Crit'Air 3 (16,6 %), Crit'Air 4 (4,6 %), Crit'Air E (3,5 %) et le groupe Crit'Air 5 / non classées (3,0 %). La somme Crit'Air 3 + 4 + 5 et non classées donne bien les 24,3 % publiés par le SDES.
Creuse, Indre, Ariège : le rural en tête de la part
Au 1er janvier 2025, la Creuse arrive première avec 36,7 % de Crit'Air 3+, devant l'Indre (36,6 %) et l'Ariège (36,1 %). Lozère, Lot, Orne, Nièvre, Dordogne, Yonne et Aveyron complètent un top 10 très rural. Ce n'est pas un effet de taille : la Creuse ne compte qu'environ 80 118 voitures particulières, dont près de 29 388 en Crit'Air 3+.
Paris, Hauts-de-Seine, outre-mer : des parcs plus récents
À l'autre bout du classement, la Guyane affiche 12,7 %, devant les Hauts-de-Seine (14,1 %), la Martinique (15,1 %), Paris (15,9 %) et la Guadeloupe (16,2 %). L'écart entre la Creuse et la Guyane est de 24,0 points. L'Île-de-France dans son ensemble reste à 21,7 %, bien sous la moyenne nationale 2025.
Top 5 - part la plus élevée
| 1. Creuse | 36,7 % |
| 2. Indre | 36,6 % |
| 3. Ariège | 36,1 % |
| 4. Lozère | 35,4 % |
| 5. Lot | 35,3 % |
Top 5 - part la plus faible
| 1. Guyane | 12,7 % |
| 2. Hauts-de-Seine | 14,1 % |
| 3. Martinique | 15,1 % |
| 4. Paris | 15,9 % |
| 5. Guadeloupe | 16,2 % |
Centre-Val de Loire en tête des régions
Au niveau régional, le Centre-Val de Loire affiche la part la plus haute (31,3 %), suivi de la Nouvelle-Aquitaine et de la Bourgogne-Franche-Comté (29,6 % chacune). Les régions ultramarines et l'Île-de-France tirent la moyenne vers le bas. La géographie régionale confirme le message départemental : le massif rural du Centre et du Sud-Ouest concentre les parts élevées.
Ce que ces parts ne disent pas
Une part Crit'Air 3+ élevée ne mesure ni la pollution réellement émise sur place, ni le kilométrage annuel, ni le respect des vignettes dans les zones à faibles émissions. Elle dit surtout la structure du parc immatriculé localement. Un véhicule de société en location longue durée est localisé chez le locataire, pas chez le loueur. Les trajets domicile-travail, le transit autoroutier ou le tourisme restent hors champ.
Comparer un volume de Crit'Air 3+ et une part revient aussi à mélanger deux lectures : Paris peut concentrer beaucoup de véhicules anciens en nombre absolu tout en affichant une part basse, simplement parce que son parc total est immense et plus renouvelé.