Un indicateur de densité, pas un simple décompte
Dire qu'il y a « beaucoup » de logements sociaux dans un département ne suffit pas : un territoire peuplé et un territoire peu dense n'offrent pas la même lecture. L'Insee publie donc un taux : le nombre de logements sociaux pour 10 000 habitants. Au 1er janvier 2025, ce taux s'établit à 787 en France, soit environ un logement social pour 12,7 habitants.
Le même millésime montre une France très contrastée. La Seine-Saint-Denis atteint 1 407 pour 10 000 habitants, Mayotte 91. L'écart entre ces deux extrêmes est de 1 316 points pour 10 000 habitants. En métropole hors Île-de-France, le taux tombe à 700, contre 785 pour la France métropolitaine dans son ensemble.
Pourquoi la densité sociale varie-t-elle autant ?
Le parc locatif social s'est construit au fil des décennies là où la demande et les politiques publiques se croisaient : grands ensembles périurbains, reconstruction après-guerre, bassins industriels, politiques de peuplement en Île-de-France. Résultat : une densité élevée ne mesure pas seulement « le besoin » actuel, elle enregistre aussi l'histoire du logement aidé sur le territoire.
À l'inverse, des départements ruraux ou peu urbanisés affichent souvent un parc plus léger rapporté à la population, même si le logement social y joue un rôle local important. La part d'habitat individuel dans le parc social suit d'ailleurs une géographie très différente de celle du taux : le Pas-de-Calais dépasse 55 % d'individuels, alors que Paris reste à 0,1 %. Densité et forme du parc ne disent pas la même chose.
Comment l'Insee construit-il le taux pour 10 000 habitants ?
Le numérateur vient du répertoire des logements locatifs des bailleurs sociaux (RPLS) : logements du parc locatif social. Pour le taux et les parts individuel / collectif, le champ Insee exclut en métropole les logements non conventionnés des SEM. Le dénominateur est la population estimée du département. Le ratio est ensuite ramené à 10 000 habitants pour comparer des territoires de tailles très différentes.
Le loyer moyen au m², publié dans le même tableau, porte sur le parc locatif social au sens RPLS. En France, il s'établit à 6,76 € au 1er janvier 2025, en hausse de 3,6 % sur un an selon le SDES. Paris affiche 9,33 €/m², la Creuse 5,09 €/m² : l'écart est de 4,24 € par mètre carré.
Quatre classes de densité sur la carte
La carte regroupe les 101 départements en quatre classes : moins de 500, de 500 à moins de 750, de 750 à moins de 1 000, et 1 000 et plus pour 10 000 habitants. 26 départements restent sous le seuil de 500, 39 se situent entre 500 et 750, 24 entre 750 et 1 000, et 12 dépassent 1 000. Seulement 12 départements sur 101 entrent donc dans la classe la plus dense.
5,4 millions de logements : une croissance qui ralentit
Côté volume, le SDES comptabilise 5,4 millions de logements locatifs sociaux en France au 1er janvier 2025. Ce parc représente 15,9 % des résidences principales. Sur un an, la croissance n'est que de 0,5 %, après 0,9 % entre 2023 et 2024.
En 2024, 71 300 logements ont été mis en location, pendant que 18 100 étaient démolis et 10 900 vendus. La vacance du parc social passe de 2,9 % en 2019 à 2,1 % en 2025 ; la mobilité des locataires, de 9,3 % à 7,1 %. Moins de vacance et moins de rotations : le parc tourne moins vite.
Logements sociaux construits : un rythme en dents de scie depuis 2000
Il s'agit ici des logements sociaux mis en chantier / construits, pas de l'ensemble du neuf résidentiel. La série ouverte suit ce rythme en France entière. Le pic 2000-2024 se situe en 2015 avec 71 448 logements sociaux construits. L'année 2024 en compte 61 411, contre 38 826 en 2000. Sur 2020-2024, le cumul atteint 293 313 logements, contre 168 993 sur 2000-2004 : le rythme récent reste nettement au-dessus du début des années 2000, sans retrouver le sommet de 2015.
Trois pièces : la taille la plus fréquente du parc
Au 1er janvier 2025, le SDES détaille la structure du parc par nombre de pièces : 37,0 % de 3 pièces, 27,6 % de 4 pièces, 20,4 % de 2 pièces, puis 7,5 % de studios / 1 pièce et 7,5 % de 5 pièces et plus. Le cœur du parc social reste donc le T3-T4, pas le studio.
Où le taux pour 10 000 habitants grimpe le plus haut
Le podium est francilien, avec une exception champenoise. La Seine-Saint-Denis (1 407), le Val-de-Marne (1 294) et la Marne (1 291) dépassent 1 290 pour 10 000 habitants. Paris, 5e, reste à 1 223, soit 436 de plus que la moyenne nationale.
Et là où le parc social est le plus rare rapporté à la population
À l'autre bout du classement, Mayotte (91), l'Ariège (229), le Gers, l'Aveyron et le Lot restent sous 310 pour 10 000 habitants. Ces territoires ne sont pas « sans logement social » : le taux dit seulement que le parc pèse peu face à la population locale.
Top 5 - densité la plus élevée
| Seine-Saint-Denis | 1 407 |
| Val-de-Marne | 1 294 |
| Marne | 1 291 |
| Hauts-de-Seine | 1 251 |
| Paris | 1 223 |
Top 5 - densité la plus faible
| Mayotte | 91 |
| Ariège | 229 |
| Gers | 306 |
| Aveyron | 308 |
| Lot | 310 |
Quand le logement social est une maison, pas un immeuble
En France, 15,1 % du parc social est individuel et 84,9 % collectif. Mais le Pas-de-Calais, les Deux-Sèvres ou la Vendée basculent vers une majorité ou une quasi-majorité de maisons sociales. Cette géographie de l'individuel ne calque pas celle de la densité : un département peut être peu dense en taux et très « pavillonnaire » dans son parc HLM.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Le taux pour 10 000 habitants ne mesure ni la file d'attente, ni le taux de satisfaction des demandes, ni la qualité du bâti. Un département dense peut concentrer une forte demande non satisfaite ; un département peu dense peut manquer de petites surfaces adaptées. Le RPLS compte des logements, pas des parcours résidentiels.
Attention aussi au champ : hors logements non conventionnés SEM en métropole pour le taux Insee, outre-mer inclus dans le classement national, et loyer moyen calculé sur le parc locatif social. Comparer un taux Insee et un stock SDES sans lire la notice revient à mélanger deux cadrages proches, mais pas identiques au détail.