Des profils de lecture, pas un simple test scolaire
Chaque année, la Journée Défense et Citoyenneté (JDC) fait passer des tests de lecture aux jeunes de nationalité française, surtout âgés de 17 à 18 ans. En 2025, 785 600 participants ont été évalués. La direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l'Éducation nationale en tire une photographie des compétences de lecture à l'entrée dans l'âge adulte.
Le chiffre le plus cité, 13,7 %, regroupe les jeunes en difficulté de lecture : profils 1 à 4 de la classification DEPP. Sur l'ensemble des participants, 5,7 % sont en situation d'illettrisme au sens de la DEPP, soit les profils 1 et 2, dits de difficultés sévères. À l'autre bout de l'échelle, 76,1 % sont des lecteurs efficaces.
Pourquoi les écarts territoriaux sont-ils si marqués ?
La carte ne mesure pas « l'intelligence » d'un département : elle reflète le parcours scolaire, le contexte linguistique, le tissu social et les inégalités scolaires accumulées avant 17 ans. Les départements d'outre-mer concentrent les taux les plus élevés : Guyane 53,3 %, Mayotte 52,1 %, puis Martinique, Guadeloupe et La Réunion au-dessus de 30 %. En métropole, l'Aisne (18,7 %) et la Seine-Saint-Denis (18,6 %) restent nettement au-dessus de la moyenne nationale.
À l'inverse, Paris affiche seulement 7,2 % de jeunes en difficulté. L'écart avec la Guyane est donc de 46,1 points : un même test, des réalités scolaires très différentes.
Comment la DEPP classe-t-elle les lecteurs ?
Les épreuves distinguent plusieurs profils. Les lecteurs efficaces (76,1 %) maîtrisent les automatismes et la compréhension utiles au quotidien. Les lecteurs médiocres (10,0 %) restent fragiles. Les lecteurs très faibles (8,0 %, profils 3 et 4) et les situations d'illettrisme (5,7 %, profils 1 et 2, difficultés sévères) forment ensemble les 13,7 % en difficulté de lecture. Attention : depuis le passage de la JDC en demi-journée, les profils 2024 et 2025 ne sont plus comparables aux millésimes antérieurs.
Filles 11,7 %, garçons 15,7 % : un écart de 4,0 points
Les filles sont moins souvent en difficulté (11,7 %) que les garçons (15,7 %). L'écart est de 4,0 points au niveau national. Cet écart de genre se retrouve dans les 101 départements, avec des amplitudes variables : il ne dit pas que les garçons « lisent moins bien partout de la même façon », mais qu'ils sont plus souvent classés dans les profils faibles.
Quatre classes sur la carte, 44 départements autour de la moyenne
Pour lisibilité, la carte regroupe les 101 départements en quatre classes : moins de 10 %, 10 % à moins de 13 %, 13 % à moins de 16 %, et 16 % et plus. 8 départements restent sous 10 %, 35 entre 10 et 13 %, 44 entre 13 et 16 %, et 14 à 16 % et plus. La classe la plus peuplée (44 départements) encadre donc la moyenne nationale de 13,7 %.
Guyane, Mayotte et le haut du classement
Le podium est ultramarin. La Guyane (53,3 %), Mayotte (52,1 %) et la Martinique (36,4 %) concentrent des parts très élevées de jeunes en difficulté. En métropole, l'Aisne et la Seine-Saint-Denis dépassent 18 %, loin du niveau de Paris mais sans atteindre les taux ultramarins.
Paris et les départements où la difficulté reste la plus rare
Au bas du classement, Paris (7,2 %), la Haute-Savoie (8,0 %) et plusieurs départements de l'Ouest ou des Alpes restent sous 10 %. Une part basse ne signifie pas l'absence de difficultés individuelles : elle indique seulement qu'une moindre fraction des jeunes testés tombe dans les profils 1 à 4.
Top 5 - difficulté la plus élevée
| Guyane | 53,3 % |
| Mayotte | 52,1 % |
| Martinique | 36,4 % |
| Guadeloupe | 32,7 % |
| La Réunion | 32,1 % |
Top 5 - difficulté la plus faible
| Paris | 7,2 % |
| Haute-Savoie | 8,0 % |
| Hauts-de-Seine | 8,3 % |
| Lozère | 8,8 % |
| Yvelines | 9,0 % |
Le niveau scolaire, un marqueur très fort
Selon la DEPP, la part de jeunes en difficulté de lecture chute quand le parcours scolaire s'élève. Parmi les jeunes encore au collège, elle atteint 55,0 %. Elle reste à 35,0 % en CAP-BEP et 21,2 % en bac professionnel, contre seulement 4,9 % chez les jeunes en bac général et technologique ou dans l'enseignement supérieur.
Chez les jeunes déjà sortis du système scolaire, environ 9 % des participants JDC, le clivage selon le diplôme reste net : les non diplômés sont 37,4 % en difficulté, contre 26,1 % chez les diplômés. Le niveau de formation n'explique pas à lui seul les écarts départementaux, mais il reste l'un des leviers les plus visibles dans les tableaux DEPP.
Ce que ces tests ne disent pas
La JDC mesure des compétences de lecture à un moment donné, sur un public de jeunes français convoqués. Elle ne mesure ni le décrochage scolaire en cours d'année, ni le bilinguisme, ni les difficultés de compréhension orale, ni l'accès aux livres à la maison. Un département « bas » sur la carte peut concentrer d'autres fragilités scolaires ; un département « haut » peut aussi compter beaucoup de lecteurs efficaces à côté des profils en difficulté.
Enfin, la note DEPP rappelle que le format demi-journée de la JDC a modifié le protocole : comparer 2025 à 2019 ou 2022 revient à mélanger deux instruments. Pour suivre l'évolution dans le temps, il faudra attendre une série homogène sous le nouveau format.